Après un an de travail, le projet humanitaire d'anciens étudiants en BTS de Wissembourg a abouti. L'éolienne qu'ils ont élaborée puise désormais de l'eau potable au Cameroun.


Enfin, elle tourne. Installée à l'ouest du Cameroun, dans le village de Djuttitsa, l'éolienne d'acier conçue par des étudiants en BTS (Brevet de technicien supérieur) de Wissembourg permet désormais de pomper de l'eau potable dans une nappe phréatique, à 45 mètres de profondeur. Pour Philippe Lindner, Frédéric Eisele, Kevin Jung, Félicité Tsagué, Mickaël Fitsch et leurs professeurs Stéphane Lett et Charles Klein, ce sont des mois d'investissement personnel et de travail qui sont finalement récompensés. « Nous sommes vraiment heureux, et fiers, résume Philippe Lindner en souriant. Mais malgré tout, je crois que nous ne réalisons pas encore bien ce que nous avons fait ! »


Voilà en effet près d'un an que le groupe d'étudiants, tous spécialisés en « construction métalliques », s'est lancé dans l'aventure humanitaire. En choisissant de concevoir la structure d'une éolienne dans le cadre de leurs études, les jeunes ingénieurs ont décidé d'aller plus loin : leur création ne serait pas inutile. Tous se sont alors attelés à construire l'imposante armature et à l'équiper d'un moteur pour qu'elle puisse puiser de l'eau, espérant pouvoir aller l'installer eux-mêmes, en Afrique, dans le village de leur camarade Félicité Tsagué.
 Tombola, concerts, vente de tartes flambées, participation à des concours divers et variés, recherche de sponsors : pendant des semaines, l'Association des étudiants en BTS de Wissembourg - spécialement créée pour le projet - a alors tout fait pour récolter les 30 000 euros de fonds nécessaires.« Nous avons réussi à récolter cette somme et nous avons même pu faire un don à un orphelinat camerounais », détaille Frédéric Eisele.


Le 14 juillet, les étudiants se sont donc envolés pour Douala. « Et là, le film a commencé ! », rigole Philippe Lindner. Un peu perdus, les Alsaciens découvrent que les fondations de l'éolienne ne sont pas creusées, comme prévu initialement. « Il y avait tout à faire, et en plus, l'arrivée du container de matériel avait été retardée... » Sans se décourager, le groupe, aidé par des habitants, entame alors une véritable course contre la montre, ne s'arrêtant que rejoindre sa chambre, dans l'hôpital de Djuttitsa. « Nous devions impérativement repartir le 3 août à 18 h, relate Kevin Jung. Et l'eau a jailli à 15 h ! Tout le village était là ! C'était un grand moment d'émotion... » L'autre souvenir majeur du voyage avait eu lieu la veille, quand tractée par un camion, l'éolienne de 1,2 tonnes s'est dressée vers le ciel. Enfin, tous ont été décorés par les chefs du village au cours d'une grande cérémonie organisée en leur honneur.
 De retour en France, chacun a repris sa route : certains sont partis étudier à Strasbourg, d'autres sont entrés dans la vie active. Mais, plus que jamais soudés par l'aventure, les anciens camarades de classe comptent bien prolonger l'action de leur association « en passant le flambeau aux nouveaux élèves de BTS "constructions métalliques" de Wissembourg ».


Céline Rousseau


Édition du Vendredi 13 ocobre. 2006